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Benjamin Plateau · 11 min · Dernière mise à jour le

Résumé de l’article
L’amortissement dérogatoire correspond à l’écart entre l’amortissement comptable et l’amortissement fiscal lorsqu’un avantage fiscal permet d’amortir un bien plus rapidement.
Il concerne certaines entreprises soumises à un régime réel d’imposition et certains biens éligibles à un amortissement dégressif ou exceptionnel.
Son calcul repose sur la différence entre l’amortissement fiscal et l’amortissement comptable, donnant lieu à des dotations puis à des reprises.
L’écart est comptabilisé dans le compte 145 et doit être intégralement repris à la fin du plan d’amortissement ou lors de la cession du bien.
Il permet de réduire temporairement l’impôt et d’améliorer la trésorerie, sans générer d’économie fiscale définitive.
Vous venez d'investir dans du matériel et votre expert-comptable vous parle d'amortissement dérogatoire sans que vous sachiez vraiment de quoi il s'agit ? C'est normal. Ce mécanisme, à la frontière entre comptabilité et fiscalité, est souvent mal compris. Pourtant, bien appliqué, il permet une réduction de votre impôt dès les premières années d'utilisation d'un bien.
Mais quels actifs y sont réellement éligibles ? Comment calculer la différence entre amortissement fiscal et comptable ? Et comment enregistrer les écritures sans erreur ? Vous découvrirez tout ce qu'il faut savoir sur l'amortissement dérogatoire dans ce guide complet.
Lorsqu'une entreprise acquiert un bien, elle l'amortit comptablement selon sa durée réelle d'utilisation. Un matériel utilisé 5 ans sera ainsi amorti sur 5 ans, de façon linéaire. C'est ce que l'on appelle l'amortissement comptable : il constate la perte de valeur économique réelle du bien.
Or, la réglementation fiscale autorise parfois à amortir ce même bien plus rapidement que sa dépréciation réelle. C'est le cas notamment du mode dégressif ou de certains amortissements exceptionnels.
Résultat : l'amortissement fiscal est alors supérieur à l'amortissement comptable.
C'est précisément cet écart entre les deux que l'on appelle amortissement dérogatoire : il ne reflète pas une dépréciation économique réelle, mais une option fiscale accordée par l'administration.
💡À savoir : pour consulter les textes officiels, rendez-vous sur le site web de l'administration fiscale : bofip.impots.gouv.fr.
L'amortissement dérogatoire ne s'applique pas à toutes les entreprises. En pratique, il concerne toutes les entreprises relevant d’un régime réel d'imposition (qu'elles soient soumises à l'impôt sur les sociétés ou à l’impôt sur le revenu) dès lors qu'elles relèvent des BIC ou des bénéfices agricoles (BA). Par conséquent, les micro-entrepreneurs et les professionnels relevant des BNC en sont exclus.
Il s'agit par ailleurs d'une option facultative : aucune obligation n'impose à une entreprise de choisir un amortissement fiscal accéléré. Toutefois, une fois cette application facultative choisie, elle devient irrévocable : il est impossible de modifier cette décision ou de revenir à un mode linéaire en cours de plan d'amortissement.
💡À savoir : dès lors que l'entreprise opte pour un mode d'amortissement fiscal accéléré, elle a l'obligation de comptabiliser cet écart dans ses comptes. C'est une condition stricte : l'amortissement dérogatoire doit figurer dans les livres comptables dès l'exercice au cours duquel l'écart apparaît.
L'amortissement dérogatoire peut s'appliquer dans deux situations distinctes, selon la nature du bien et le dispositif fiscal retenu.
Le mode dégressif fiscal est ouvert aux biens d'équipement neufs dont la durée normale d'utilisation est d'au moins 3 ans. Concrètement, sont notamment concernés :
Le matériel et l'outillage industriel ;
Le matériel informatique et les équipements de bureau ;
Les matériels de transport (véhicules utilitaires sous conditions) ;
Les installations techniques et agencements.
En revanche, certains biens sont exclus du dispositif : les immeubles, les biens d'occasion, les véhicules de tourisme et les matériels de bureau simples ne peuvent pas bénéficier du taux d'amortissement dégressif.
Certains biens bénéficient d'une déduction fiscale accélérée sur 12 mois, indépendamment de leur durée réelle d'utilisation. C'est ce qu'on appelle l'amortissement exceptionnel. Il concerne notamment :
Les matériels destinés à économiser l'énergie ;
Les équipements en faveur de la protection de l'environnement ;
Certains investissements spécifiques aux PME selon les dispositifs en vigueur.
Dans ces cas, la base amortissable fiscale est déduite en une seule fois sur 12 mois, là où l'amortissement comptable s'étale sur la durée réelle du bien. L'écart entre les deux génère un amortissement dérogatoire particulièrement important la première année.
Le calcul de l'amortissement dérogatoire repose sur un principe simple :
Amortissement dérogatoire = amortissement fiscal − amortissement comptable.
Lorsque le résultat est positif, l'entreprise constate une dotation : le montant de l’amortissement fiscal dépasse le comptable. Lorsqu'il devient négatif, elle enregistre une reprise : le comptable dépasse désormais le fiscal.
À la fin du plan d'amortissement, le total des dotations égale toujours le montant total des reprises.
Les deux amortissements ne partagent ni le même point de départ, ni la même base de calcul. Ce tableau résume les principales différences :
Ces différences peuvent créer un écart dès la première année, notamment lorsque la date d'acquisition et la date de mise en service ne coïncident pas.
Le dégressif fiscal s'obtient en multipliant le taux linéaire par un coefficient fiscal défini selon la durée du bien :
Chaque année, on compare l'annuité dégressive (valeur résiduelle fiscale × taux dégressif) avec l'annuité linéaire sur la durée restante (valeur résiduelle fiscale ÷ nombre d'années restantes). Dès que l'annuité dégressive devient inférieure à l'annuité linéaire restante, on bascule automatiquement sur cette dernière pour les années restantes.
Une entreprise acquiert un matériel neuf le 1ᵉʳ janvier N pour 20 000 € HT, mis en service le même jour, sur une durée d'utilisation de 5 ans.
Calcul de l'amortissement comptable : le mode linéaire répartit la valeur du bien de façon égale sur toute sa durée. Taux linéaire = 1/5 = 20 %. Chaque année, l'amortissement comptable est donc de 20 000 × 20 % = 4 000 €.
Calcul de l’amortissement fiscal (dégressif) : coefficient 1,75 pour un bien de 5 ans → taux = 20 % × 1,75 = 35 %, appliqué chaque année sur la valeur résiduelle fiscale.
Soit :
Année N : fiscal = 20 000 × 35 % = 7 000 € > comptable 4 000 € → dotation de 3 000 €
Année N+1 : base résiduelle fiscale = 13 000 € (20 000 € – 7 000 €) → fiscale = 13 000 × 35 % = 4 550 € > comptable 4 000 € → dotation de 550 €
Année N+2 : base résiduelle = 8 450 € → fiscale = 8 450 × 35 % = 2 958 € < comptable 4 000 € → reprise de 1 042 €. L'annuité dégressive reste supérieure à l'annuité linéaire restante (2 817 €) : on reste en dégressif.
Année N+3 : base résiduelle = 5 492 € → annuité dégressive = 5 492 × 35 % = 1 922 €, annuité linéaire restante = 5 492/2 = 2 746 €. L'annuité dégressive devient inférieure : bascule vers le linéaire. Fiscal = 2 746 € < comptable 4 000 € → reprise de 1 254 €
Année N+4 : on continue en linéaire, fiscal = 2 746 € < comptable 4 000 € → reprise de 1 254 €
Le tableau ci-dessous résume l'ensemble du plan :
En fin de plan, le total des dotations (3 550 €) est égal au total des reprises (3 550 €).
La comptabilisation de l'amortissement dérogatoire repose sur un principe simple : chaque année, on constate l'écart entre le fiscal et le comptable via deux types d'écritures distinctes, selon le sens de cet écart.
Lorsque l'amortissement fiscal est supérieur à l'amortissement comptable, l'entreprise enregistre une dotation. C'est le cas durant les premières années d'utilisation du bien.
En reprenant les chiffres de notre exemple, l'écriture à passer au 31 décembre N est la suivante (dotation de 3 000 €) :
La même logique s'applique en N+1 pour une dotation de 550 €.
À partir de l'année N+2, le sens s'inverse : l'amortissement fiscal devient inférieur à l'amortissement comptable. L'entreprise enregistre alors une reprise, qui vient réduire progressivement le solde du compte 145.
L'écriture comptable à passer au 31 décembre N+2 est la suivante (reprise de 1 042 €) :
Le même schéma s'applique pour les reprises de 1 254 € en N+3 et N+4, jusqu'à ce que le compte 145 soit intégralement soldé.
Lorsqu'un bien ayant supporté des amortissements dérogatoires est cédé en cours de plan, le solde restant du compte 145 doit être intégralement repris en une seule fois, quelle que soit l'année de cession. L'écriture est identique à une reprise classique, mais porte sur la totalité du solde résiduel du compte 145.
💡À savoir : le compte 145 figure au passif du bilan, entre les capitaux propres et les provisions pour risques, dans la rubrique « Provisions réglementées ». C’est un élément distinct des amortissements classiques (compte 28xx) qui, eux, figurent à l'actif en déduction de la valeur brute du bien. L'amortissement dérogatoire n'affecte donc pas la valeur nette comptable de l'immobilisation à l'actif : il traduit uniquement un avantage fiscal temporaire, logé côté passif. Il doit par ailleurs faire l’objet d’une mention dans l’annexe des comptes annuels.
De manière générale, l'amortissement dérogatoire est présenté comme un avantage fiscal. Il l'est, mais dans une mesure qu'il est important de bien comprendre.
Concrètement, les dotations enregistrées les premières années constituent des charges déductibles du résultat fiscal. Elles réduisent ainsi l'assiette imposable et, par conséquent, l'impôt sur les sociétés ou l’impôt sur le revenu dû à l'administration fiscale au cours de ces exercices. Pour une entreprise qui investit massivement, cet avantage fiscal peut représenter une ressource ou une économie de trésorerie significative à court terme.
C'est toutefois un avantage temporaire. Les reprises des dernières années sont comptabilisées comme des produits imposables : elles augmentent le résultat fiscal et génèrent un surcroît d'IS ou d’IR. Sur l'ensemble du plan d'amortissement, le montant total d'impôt payé est identique à celui qui aurait été dû sans l'option dégressive.
L'amortissement dérogatoire est donc avant tout un outil de pilotage et de gestion de trésorerie : il permet de décaler une partie de l'impôt vers les années où le bien est totalement amorti fiscalement, libérant ainsi des liquidités au moment où l'entreprise en a le plus besoin, c'est-à-dire lors de l'investissement initial.
Malgré son principe simple, l'amortissement dérogatoire concentre plusieurs pièges qui peuvent fausser le plan d'amortissement et la liasse fiscale. Voici les plus fréquents.
Confondre amortissement fiscal et amortissement dérogatoire : l'amortissement fiscal est le montant déductible autorisé par l'administration. L'amortissement dérogatoire est uniquement l'écart entre ce montant et l'amortissement comptable. Les deux notions ne doivent pas être confondues dans les écritures comptables.
Appliquer le même point de départ aux deux amortissements : l'amortissement fiscal part du premier jour du mois d'acquisition du bien. L'amortissement comptable part de la date de mise en service. Si ces deux dates diffèrent, un écart dérogatoire apparaît dès la première année.
Intégrer la valeur résiduelle dans la base fiscale : la base amortissable fiscale correspond à la valeur d'origine du bien, sans déduction d'une éventuelle valeur résiduelle. Côté comptable, en revanche, la valeur résiduelle est soustraite de la base amortissable.
Oublier de basculer vers le linéaire au bon moment : dès que l'annuité dégressive devient inférieure au quotient valeur résiduelle fiscale/années restantes, le passage au linéaire est automatique. Ne pas effectuer ce basculement conduit à sous-amortir le bien fiscalement sur les derniers exercices.
Ne pas reprendre le compte 145 lors d'une cession : en cas de cession du bien avant la fin du plan, le solde du compte 145 doit être intégralement repris en une seule écriture. Laisser un solde résiduel au passif constitue une erreur comptable et fiscale.
Considérer l'amortissement dérogatoire comme une économie d'impôt définitive : c'est l'erreur de raisonnement la plus fréquente. Les dotations réduisent l'impôt les premières années, mais les reprises l'augmentent ensuite à due concurrence. Il s'agit d'un décalage d'impôt, pas d'une exonération.
Ces six erreurs constituent les principaux pièges à éviter lors de la mise en place d'un plan d'amortissement dérogatoire.
💡 À savoir : un moyen simple de vérifier l'exactitude du plan est de s'assurer que le solde du compte 145 est toujours nul en fin de plan. Si ce n'est pas le cas, une erreur s'est glissée dans le tableau d'amortissement.
La comptabilisation d'un amortissement dérogatoire implique un suivi rigoureux sur plusieurs exercices : plan d'amortissement technique, dotations, reprises, basculement, cession anticipée. Autant d'opérations complexes à gérer seul.
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L'amortissement dérogatoire est l'écart entre l'amortissement fiscal (dégressif ou exceptionnel) et l'amortissement comptable. Il est comptabilisé dans le compte 145, au passif du bilan, dans les provisions réglementées.
Rarement. Depuis la suppression du régime exceptionnel sur 12 mois (loi de finances 2017), les logiciels acquis sont amortis sur leur durée réelle d'utilisation. Un amortissement dérogatoire ne peut apparaître que si le logiciel est inscrit à l'actif et amorti sur 3 ans ou plus avec option du dégressif.
Rédigé par :
Fort de 8 ans d’expérience en gestion comptable et management, Benjamin partage sa vision opérationnelle pour optimiser les processus et la performance des organisations.
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